Les femmes migrants

Posté par tapachula le 26 juillet 2008

La réalité fait froid dans le dos.

La première génération de migrants a été composée d’hommes principalement, voulant rejoindre un supposé eldorado. Les hommes, une fois arrivés à destination, étaient chargés d’envoyer de l’argent au reste de la famille restée au pays. De ce fait, petit à petit les villages et villes du Guatemala, Honduras, Salvador… se sont vidés des « forces vives ». Les femmes et les enfants ont été contraints d’occuper la place laissée par les pères, les maris, les jeunes hommes. Les années ont passées mais peu d’hommes sont revenus. Pourtant les familles s’étaient dit que cela ne devait durer qu’un certain temps. Le temps de gagner beaucoup de dollars, de construire une maison ou avoir un petit commerce pour envisager un futur meilleur, ensemble.

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Les semaines, les mois, puis les années se sont écoulés, les dollars et les nouvelles de l’époux se sont faits de plus en plus rares jusqu’à ne plus rien recevoir du tout. Aux Etats-Unis, les Latinos ont rencontré d’autres femmes, puis progressivement ont oublié toutes les belles promesses faites à leurs épouses. Une nouvelle famille s’est reconstruite là-bas. Ils ne veulent plus rentrer au pays. Les épouses sans nouvelles s’imaginent le pire. Certaines se résignent et recommencent elles aussi une nouvelle vie avec les rares hommes toujours présents. D’autres continuent d’espérer. D’autres encore décident de franchir le pas. Pourquoi ne pourraient-elles pas, elles aussi, franchir les frontières? Pourquoi ne pourraient-elles pas, elles aussi, avoir ce que leur pays est incapable de leur offrir ?

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Les femmes qui décident d’avancer vers le nord sont parfaitement conscientes de ce qu’elles vont subir. Pour l’homme le trajet est déjà très dangereux, mais pour la femme,  cela devient un enfer. S’il n’y avait que les extorsions, le trajet serait « simple et banal ». Mais les femmes sont victimes de leur féminité. Elles savent pertinemment qu’elles vont se faire violer en plus de se faire voler le peu d’argent qu’elles ont sur elles. Si elles se regroupent avec d’autres migrants en route, un plan est mis en place au cas où il leur arriverait malheur. L’argent est mis en commun est sera utile au groupe s’ils se font racketter. Les bandits sont nombreux car ils savent que le migrant possède sur lui de l’argent. Mais quand  l’argent est épuisé, il faut trouver une autre monnaie d’échange. Ils se mettent alors d’accord : quelle femme se fera violer en premier ? puis, celle qui passera au prochain racket ? puis au troisième ?… Ainsi, leur propre corps devient la monnaie d’échange de leur « passage ». La réalité est dure mais l’eldorado est à ce prix : elle tolère et encourage tous les sacrifices. Pour « l’Occidental » le corps est quelque chose de sacré. Ici, il perd sa dimension humaine pour n’être qu’un objet d’échange, qu’un laissez-passer. Conscientes de ce qu’elles sont, c’est à dire un instrument qui porte et qui donne la vie, les femmes se protègent d’une maternité en prenant des pilules contraceptives avant de partir et durant le trajet.

Le trajet est inhumain, mais le bonheur vers cet eldorado ne doit pas être gâché par le souvenir  et le cauchemar de ce voyage. Ces femmes pensent occulter de leur mémoire ce laps de vie une fois arrivées. De ce fait, cet exil ne sera jamais évoqué car il est trop dur à supporter, trop dur à accepter. Mais le paradis de l’argent facile et de la vie tranquille, n’est qu’un leurre pour la majorité d’entre elles. Celles qui gardaient espoir, le perdent en découvrant la réalité. Et le sacrifice de leur intimité n’aura pas suffi à un avenir meilleur.

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