Le migrant, un poulet pret à plumer

Posté par tapachula le 28 août 2008

La migration est une réalité bien concrète qui se voit, palpable, et n’est pas prête de s’arrêter. Le migrant possède souvent une grosse somme d’argent sur lui. Le voyage n’est pas gratuit, rempli d’aléas, le portefeuille doit être bien rempli afin de pouvoir survivre. Il est qualifié de « pollo » ce qui veut dire « poulet » en espagnol. Un poulet n’existe que s’il a un « pollero », c’est à dire un passeur qui l’aide à passer entre les mailles du filet. Une étude « del colegio de la frontera sur »  à Tapachula, a montré qu’un migrant paye 1.500 à 2.500 dollars au « pollero » pour pouvoir être conduit de manière sûre aux Etats-Unis, alors qu’en 1995 il ne payait que 20 à 30 dollars. Le marché de la migration est un trafic juteux d’autant plus encore, lorsque des évènements climatologiques viennent s’adjoindre à une situation déjà difficile, ce qui  renforce son caractère lucratif.
L’ouragan Stan en octobre 2005, a déstructuré la migration à Tapachula. Il a détruit bien plus que des maisons et des infrastructures, il a modifié toute une société. La pluie tropicale est tombée sans discontinuité pendant trois jours causant d’énormes inondations et des coulées de boue. Des dizaines de personnes perdirent la vie et l’ouragan laissa derrière lui près de 700 000 sinistrés rien que pour le Chiapas. Les récoltes ont été perdues, les terres sont devenues incultivables et les grands ouvrages  d’infrastructures et de communications ont été rasés. Le train de marchandises qui partait de Tapachula en direction de la capitale n’existe plus. Les ponts et voies ferrées ne sont toujours pas reconstruits. En plus des marchandises conventionnelles, le train emmenait avec lui des centaines de migrants. La très grande majorité attendait l’arrivée du train à Tapachula. Ce moyen de locomotion avait un double avantage : celui de ne pas passer de poste migratoire et surtout d’aller plus rapidement vers le Nord. Chaque migrant s’accrochait là où il pouvait : une échelle, une barre métallique quelconque entre deux wagons pouvaient faire l’affaire. Le trajet pouvait durer plusieurs jours. Ils essayaient de trouver une place assez sûre pour ne pas tomber au cours du voyage. En effet, ce genre d’accident n’était pas rare, beaucoup de ces voyageurs se sont vu broyer un membre par le train, dans le meilleur des cas, à cause d’un assoupissement, d’une perte d’équilibre. Bien entendu un train comme nous le montre la photo ci-dessus, ne passait pas inaperçu : d’autant plus  que son point de départ était situé en plein centre-ville. Et toujours une moyenne de 150 migrants erraient dans les rues en attendant, en espérant un hypothétique train. Malgré cela, ils ont fait vivre beaucoup de petits magasins le long de la voie ferrée en achetant de quoi s’hydrater et se nourrir. Autre aspect, les agents migratoires, les conducteurs de trains, la compagnie de train elle-même, tous étaient complices et acteurs de ce trafic. Corrompre un agent c’était pouvoir continuer sa route. Les plus riches pouvaient louer un wagon de marchandises et se mettre dedans pendant la traversée ce qui rendait le voyage plus sûr. Des opérations étaient parfois menées par les Services migratoires pour déloger les assaillants des wagons. Ces opérations se transformaient plus en carnage qu’en arrestation de migrants.
Mais l’ouragan Stan a démantelé tout ce trafic. Le train ne vient plus à Tapachula, son terminus et nouveau point de départ est dorénavant Ariaga, une ville à 250 kms plus au nord. Avec pour conséquences 250 kms de plus de dangers et de risques pour les migrants de se faire racketter ou tuer dans l’anonymat le plus total. Ce qui se passait à Tapachua se passe dorénavant à Ariaga, les migrants arrivent dans un état de fatigue, d’épuisement et de souffrance plus avancé. Avec un trajet plus long et à pied, le nombre de rackets s’est multiplié. Les migrants les plus aguerris voyagent en bus, descendent avant chaque poste de contrôle migratoire parce qu’ils sont fixes, le contournent à pied, et reprennent un autre bus un peu plus loin. La majorité des rackets se fait à ces endroits-là. Les bandits profitent de l’état de vulnérabilité de ces « poulets ». Les migrants sont en face d’un dilemme. En effet, d’une part ils sont persuadés de n’avoir aucun droit, d’autre part le fait de dénoncer les bandits leur reviendrait à se faire immédiatement arrêter pour être entrés sur le territoire de manière illégale. Plus les migrants s’éloignent de la frontière administrative, plus les postes de contrôles migratoires se font présents. Pas moins de cinq postes se trouvent dans les 200 premiers kilomètres de routes après la frontière. Face à cette situation, on peut se demander si un accord tacite n’existerait pas entre les bandits, les agents migratoires et la Police Fédérale ? Pour preuve ce raisonnement : « Un migrant dépouillé ou un migrant mort est un migrant qui ne peut continuer sa route, un migrant de moins c’est de l’argent en plu s ». Autre constat, lorsque ces bandits se font incarcérer, ils sont souvent relâchés quelques heures plus tard sans autre forme de procès.
L’ouragan Stan  a « nettoyé » Tapachula des migrants mais a favorisé leur trafic et leur vulnérabilité. Désormais le pollero achète le silence des agents migratoires pour qu’ils ne vérifient pas les identités des personnes assis sur tels sièges de tels bus. Mais si la somme avancée n’est pas au goût des agents, ceux-ci vont s’empresser de vérifier ces sièges et de  déporter les passagers en question. Le trafic est devenu tellement lucratif que les passeurs n’hésitent pas à utiliser les annonces publicitaires sur les ondes radio du Guatemala, vantant leur professionnalisme de passeur de migrants à destination des Etats-Unis. Ces agences de voyage d’un nouveau style prouvent que chaque personne est un migrant potentiel, donc un client potentiel à ce genre de service.
Il est de notoriété publique que la délinquance accompagne souvent le migrant, mais le migrant n’est pas un délinquant. Au contraire ! Il voyage avec des économies importantes qui suscitent l’envie et la facilité. La convoitise attisée, l’amalgame est vite fait entre migrant et délinquant. Il est stigmatisé et concentre en lui tous les maux. Les femmes du Chiapas accablent les femmes Guatémaltèques de venir voler leur mari et surtout de leur transmettre le virus du Sida. Par contre, cette société machiste ne remet par contre, pas en cause l’infidélité de l’homme et son incapacité à se protéger.
Même si l’intention du migrant est d’aller toujours plus au Sud, il peut rester quelque temps dans cette zone frontière. Cela lui permet de gagner un peu d’argent afin de continuer sa route. Le commerce sexuel en est peut-être l’exemple le plus frappant. Une étude réalisée en 1999  à Ciudad Hidalgo a mis en lumière que des femmes originaires du Guatemala,  du Honduras, et du Salvador, utilisent cette zone comme un moyen de gagner rapidement et en grande quantité de l’argent et de rencontrer par surcroît une personne qui leur facilitera leur traversée.

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